Les gorges du Verdon – GR4

Castellane-Rougon | Jour 1

Train couchette
Le charme du train de nuit

Chouette, il existe un train de nuit pour rejoindre mon point de départ. Après avoir arpenter un peu les rues de Paris le soir de la fête de la musique j’entre dans ma cabine de 6 couchettes – 20h, gare d’Austerlitz, dernier quai. L’étroitesse et l’inconfort de la cabine réveille déjà en moi l’enfant en quête d’aventure. Je me cale sur ma couchette en attendant le départ du train. Une fois lancé, les échanges de cabines et de couchettes commencent. Je suis déjà excité par mon voyage. Je ne dors pas très bien, pourtant bercé par le rythme cardiaque du wagon roulant sur les interstices des rails. Un bruit blanc pourtant agréable.

6h30, je sors à pas de félin pour ne pas déranger mes compagnons qui partagent encore avec Morphée des histoires merveilleuses. S’ensuit un car puis un bus. Il est midi. Je descends sur la place bondée du marché de Castellane. Une vierge surplombant la place nous donne sa bénédiction. Je m’éloigne un peu avec mon gros sac à dos. Je grignote vite fait et me lance sur le GR – j’ai trop hâte. 10 minutes plus tard un orage éclate. Le temps de m’apercevoir, abrité sous un arbre, que j’ai oublié ma pèlerine – Pourtant, j’avais eu le doute de l’avoir oublié avant de partir mais la flemme de re-déballer mon paquetage. J’ai préféré vérifier mon placard ; si elle n’est pas à sa place c’est qu’elle doit être dans mon sac. Que nenni, je l’avais déplacé pour ne pas l’oublier. Bref, après un moment d’hésitation à rebrousser chemin je repars profitant d’une accalmie. Il se remet à pleuvoir. Un type en voiture a pitié de moi et me dépose à un camping 500 mètres plus loin. Très sympa de sa part, mais je ne suis pas rassasié, je veux continuer. J’attends encore un peu la prochaine accalmie, je prie les dieux de la pluie de m’épargner toute la semaine. Alléluia, une petite fenêtre bleue vient se nicher juste au-dessus de ma tête. J’ai l’impression d’être entendu. Je repars après ce petit épisode de mise à l’épreuve. Le relief s’exprime de plus en plus au fil des kilomètres. Mon émerveillement avec. Le ciel gronde un peu. C’est toujours un peu inquiétant lorsque l’on est seul au milieu de la nature. J’arrive à une chapelle. Celle-ci propose aux pèlerins de s’abriter ou de passer la nuit dans le respect du lieu. Ça doit être une belle expérience une nuit solitaire dans une chapelle de montagne mais je préfère continuer jusqu’à Rougon. Je fais une offrande. Superstition naïve pour une météo clémente.

 

Vivement demain

Plus loin, je croise 4 vététistes dont 3 à coté de leurs vélos pendant l’ascension d’un col. La Trans Verdon est une piste rouge exigeante pour les cyclistes. Derrière le col, j’aperçois une impressionnante saillie dans l’important relief qui se dessine devant moi. Un aperçu des hautes gorges du Verdon que je traverserais demain. Je suis excité. Malgré n’avoir pas réservé, le gîte des abeilles du petit village de Rougon me propose une chambre parfaite avec salle de bain personnelle et une terrasse au panorama verdoyant à perte de vue pour un petit budget. Ça commence super bien.

Rougon – La-palud-sur-Verdon | Jour 2

Café du matin au paradis

Un café au-dessus des nuages. Quel rêve éveillé parfait pour entamer cette journée qui s’annonce grandiose. Je descends du village et marque un arrêt afin de féliciter un arbre majestueux de sa beauté (Il parait que la flore est sensible aux compliments ou tout du moins à ses intentions). Plus bas je marque un léger détour au point sublime pour contempler ce qui m’attends. On laisse monter la hype puis on attaque la descente qui sera ponctuée toute la matinée par des coureurs de trail. Je passe mon temps à m’écarter du chemin escarpé afin de ne pas les ralentir dans leurs périples. L’entrée dans les gorges est géniale. On doit traverser un long tunnel impraticable sans lampe de poche. Si les voyages forment la jeunesse ils la ravivent également. Parfois des promontoires permettent une vue d’ensemble.  Je m’enfonce, découvre les parois rocheuses équipées pour les amateurs d’escalade.  Quelques passages sont aménagés pour les randonneurs. Je suis à l’abri d’un soleil de plomb. Mes prières avaient été bien plus qu’entendues car dorénavant c’est la canicule qui me guette.  Après les coureurs se sont les touristes faisant le circuit inverse que je commence à croiser. Un impressionnant escalier de plus de 160 marches m’attend bien sagement à mi-parcours. Le sentier serpente, monte, descend puis remonte jusqu’au refuge de La Maline. Les panoramas sont vertigineux. La fatigue me guette car je commence à rêver d’une omelette. Heureusement mon vœu est exaucé au restaurant du refuge qui surplombe les gorges. Je savoure mon plat en terrasse la tête pleine d’images. Il est 14h, toujours euphorique, je décide de continuer.

Un homme demande l’intervention des secouristes car sa femme s’est foulée la cheville sur le chemin – Le fameux sentier Charles Martel est très touristique mais nécessite tout de même une certaine expérience de la marche car lorsqu’on s’y engouffre, il faut compter pas moins de 6 heures de marche sans échappatoire pour retrouver la civilisation. D’ailleurs c’est ce type de route qu’emprunte mon GR jusqu’au prochain village. 7 km qui me parait bien long car après l’exaltation matinale, je me rends compte en repartant à froid que des ampoules viennent perturber mon plaisir. Il faut dire que je n’ai pas été très tendre avec mon corps. J’entame le dialogue et le remercie d’être en bonne santé, de fonctionner parfaitement laissant ainsi mon esprit prendre du plaisir sans contrainte. Je le cajole, lui raconte que je ne suis pas tendre avec lui et que pourtant il me rend bien en s’adaptant à une vitesse impressionnante. Malgré la proximité des véhicules motorisés, la route offre encore de superbes points de vue sur les gorges. J’arrive à la Palud-sur-Verdon, carrefour des activités sportives estivales. Après un grand détour pour me retrouver devant une auberge de jeunesse fermée depuis longtemps, je pose bagage dans le camping au plus proche du GR. Il n’est pas très glamour mais fera l’affaire pour récupérer de cette longue journée.

La Palud-sur-Verdon – Moutiers-Sainte-Marie | Jour 3
On attaque direct un col à 1200. Aujourd’hui j’arrête les bêtises et sors les bâtons de marche. Le village rétrécit derrière moi au fur et à mesure que je monte. La végétation est belle. Le chemin invite à la quiétude. Des genêts d’un jaune éclatant tout autour de moi. Je traverse une forêt calme et sereine dans laquelle je fais une petite pause méditative. Mon esprit s’adapte enfin à un rythme plus lent, plus naturel. Je prends le temps de savourer, je prends le temps de marcher (ceci dit dans l’état de mes pieds, je n’ai pas trop le choix, ils me font atrocement souffrir).

 

Chapelle Notre-Dame-de-Beauvoir

Arrivé au col de Plein-Voir, je traverse une ligne de crête surplombant le lac artificiel de Sainte-Croix (3ème plus grand de France). La descente est un vrai calvaire pour mes pieds meurtris et fatigués. Le terrain de ce GR est particulièrement difficile. Il me rappelle la Corse. Des petits cailloux glissants. Très pénible en descente. Cela me demande de mobiliser beaucoup d’attention et de concentration. Heureusement que la curiosité de découvrir Moustier-Sainte-Marie me pousse à avancer. Le village est bien caché, niché au pied du massif du Montdenier, lui-même ciselé par les ravins du Riou et de Notre-Dame. Ce n’est qu’une fois arrivé au camping que l’on aperçoit enfin la particularité de cette belle ville.

Magnifique champ de lavande

Moustier-Sainte-Marie – Montpezat | Jour 4

Ca y est, la canicule est bien installée. La chaleur devient insoutenable. Je grimpe sur le plateau de Valensole rejoindre les champs de lavande à perte de vue. Les odeurs sont agréables mais il n’y absolument pas d’ombre. Plein sud vers Sainte-Croix, j’aperçois parfois le lac qui fait rêver de voiliers et de baignades. Tandis que les heures passent, la chaleur grimpe. Je suis seul, je dois faire attention aux insolations, je ne dois pas tomber comme une mouche au milieu de la pampa. Je suis introspectif sur mon état, bois beaucoup, mesure la température de ma tête, profite du peu d’ombre que je croise pour m’arrêter un peu. Les abeilles s’agglutinent aux rares points d’eaux qu’elles disposent. 13h.

basse gorges au pied du camping

J’arrive au camping municipal qui borde la plage du lac de Sainte-Croix. Après une longue pose où je vide une gourde fraichement remplie, je décide de continuer. L’endroit m’inspire peu. Je souhaite retrouver une nature plus sauvage et plus calme malgré la chaleur étouffante. Je remonte en haut du village puis traverse et longe la départementale avant de retrouver des sentiers plus cool, retrouver le Verdon. Je devine les gorges sur ma gauche mais ne les vois pas. Je suis bien trop haut. J’arrive à un camping et décide de m’y arrêter. Assez cher pour une nuit en tente mais je comprends pourquoi. Celui-ci est 4 étoiles et à ma grande surprise possède une piscine dans laquelle je finis la journée. A la nuit tombée, j’assiste à un café-théâtre très drôle, joué par les animateurs du camping avant d’aller dormir.

Montpezat – Esparron de verdon | Jour 5
La journée s’annonce aussi rude qu’hier, je remarque que la base nautique propose un aller-retour en kayak par les gorges vers Quinson, ma destination du jour. Mais j’hésite à attendre l’ouverture à 10h car si un aller simple n’est pas possible il sera déjà bien tard pour commencer à marcher sous le soleil. La chance me sourit, je croise son propriétaire à l’épicerie du camping. Malheureusement il n’a pas de remorque pour récupérer les kayaks. De toute façon la plus belle partie c’est de l’autre côté me dit-il. Et me propose d’embarquer de suite. Je ne refuse jamais l’occasion de faire du kayak et accepte volontiers. Un privilège qui fera à lui seul mon plus beau souvenir du séjour. 9h du mat. L’eau est d’un calme plat. Aucun courant, aucune vague. Je traverse d’abord un petit lac, dérangent au passage quelques canards. Puis je m’engouffre entre 2 parois rocheuses. Je suis émerveillé. L’eau reflète parfaitement la nature qui m’entoure ouvrant des perspectives encore plus vastes de beauté. 2 mondes distincts, identiques. Je glisse sur un miroir, ne sachant plus distinguer le réel du reflet. Il n’y a encore personne à cette heure-ci. Seul, j’éprouve une joie intense et profonde. Savoure chaque seconde qui s’écoule dans le sablier du temps. Plus loin, les parois s’élancent plus en avant vers le ciel et la végétation se niche partout où elle le peut. Des petites cascadent viennent peu à peu perturber le miroir du monde d’en bas. Le décor change. L’émerveillement demeure. Enfin un barrage m’oblige à revenir sur mes pas. Je reste là un moment à savourer ce spectacle. Un ballet d’oiseaux nichés dans les cavités paisibles de calcaire m’hypnotise et me font rêver. Malheureusement, je dois reprendre la route. Sur le retour je croise une canne et ses 9 petits puis le rêve s’estompe. Une horde de bateaux s’engouffre sur mon sillage.

 

Mon ravissement m’a rechargé les batteries. Je remercie longuement le propriétaire avant de reprendre le GR qui sera principalement de la route. Je longe d’abord la route du lac de Montpezat jusqu’à Saint-Laurent-du-Verdon puis la route de Quinson jusqu’à, vous l’avez deviné. Je m’évite au passage un lacet inutile avant de descendre sur le village.

Je reste un moment à Quinson. Je mesure le degré de plaisir que j’éprouve ici. J’imagine qu’ Esparron est plus charmant. C’est décidé. Après une longue pause à l’ombre du cimetière du village, je repars assez tard au déclin de la chaleur. Le chemin déroule. C’est plat, je passe dans une jeune forêt en reconstruction après un grand incendie qui borde la route de Quinson. A l’approche de ma destination, j’entame une descente jusqu’à un belvédère permettant de découvrir le lac et le château d’Esparron. Le GR débouche sur une route entre 2 camping équi-distant d’un kilomètre. Je choisi celui qui donne sur le lac. Un très bon camping en terrasses (faut aimer les escaliers, mais sans mon sac j’ai l’illusion d’être d’une légèreté surprenante) Je profite d’une baignade dans le lac. Puis après manger, je profite d’un magnifique coucher de soleil allongé sur les corniches rocheuses qui longe le lac jusqu’au château.

 

 

Esparron de Verdon – Gréoux les bains | Jour 6

 

Petite journée de marche aujourd’hui. Je sens que le plus beau est derrière moi maintenant. Le GR emprunte des grandes routes, fait de nombreux lacets inutiles avec du dénivelé et le paysage perd de son charme. Le chemin fait un détour par Saint-Martin-de-Brômes avant de grimper sur rejoindre un chemin de halage bien aménagé annonçant l’entrée dans la ville thermale de Gréoux-les-bains. Le camping municipal du centre-ville est en réalité une aire de camping-car, je dois faire un bon kilomètre supplémentaire pour en rejoindre un autre au pied du Verdon à l’écart de la ville. A peine le temps de poser mon sac 5 minutes que mes voisins m’invitent à manger avec eux. Mon état de fatigue est-il si flagrant ? Des gens charmant et généreux de passage 3 semaines pour profiter des thermes. Ils se retrouvent ainsi chaque année sympathisant avec d’autres campeurs faisant de même. La piscine est bondée, je préfère me refroidir lentement mais surement dans le Verdon glacial. L’occasion pour moi de lui dire au revoir. Je fini la soirée à discuter avec le groupe d’amis d’un soir dans la joie et la bonne humeur.

 

 

Gréoux les bains – Manosque | Jour 7

Retour à la réalité brutale pour ce dernier jour de marche. Le chemin longe d’abord une départementale assez calme avant de rejoindre un autre axe digne du periphe Parisien. 5 kilomètres, 5 longs et pénible kilomètres à longer la route en compagnie des voitures et camions. Le changement est assez brutal. J’ai hâte d’arriver. Je croise un magnifique papillon citron (dont les ailes ressemble à des feuilles verdoyantes), mais ne m’attarde pas, ne me sentant pas très en sécurité. Le calvaire se termine lorsque j’arrive à la gare de Manosque Gréoux.

 

Conclusion

J’ai trouvé ce GR d’une semaine difficile en autonomie. D’abord le terrain de cailloux glissant nécessite beaucoup d’attention et de concentration. Et le tracé qui parfois est déplorable (Lacets inutiles et longues portions désagréables notamment à l’entrée de Manosque). Mais j’imagine qu’il n’existe pas de meilleures options. En tout cas, en bon slow voyageur, il me fallait découvrir ce petit coin de paradis de Haute-Provence qui dispose d’atouts indéniables. Ces reliefs impressionnants, ces villages de caractère et ces petits paradis de nature sauvage.


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