ILE DE TENERIFE

Samedi 28 octobre 2017. 10h 50…

SMS de Marc « yeah ! parti à l’arrache ! limite en fringues. Lol. Embarquement dans 10mn». 

Marc vient de partir dans un autre espace-temps, une nouvelle dimension faite de paysages de contrastes, de plaines de pierres ponces, de roches volcaniques, de plages de sable noir… Destination les Canaries, sur l’ile volcanique de Tenerife où culmine le Teide.

Vous connaissez Le Teide ?  Pour vous en parler je suis obligée d’ouvrir la porte des superlatifs : le troisième volcan le plus haut et volumineux du monde, (derrière le Mauna Loa et Mauna Kea à Hawaï). C’est aussi le plus haut sommet de toute l’Espagne culminant à 3718 mètres au milieu de sa caldeira de 17 km de diamètre… le décor est planté !

Marc fait partie de ces globe-trotteurs qui n’aiment pas suivre le troupeau. Il n’a pas besoin de tout voir, tout faire lorsqu’il crapahute. Il veut tout simplement passer un bon moment, vivre, se sentir libre. Il a ce gène, ce petit grain de folie qui va le sortir de la routine et laissera des traces indélébiles. Je suis prévenue ! Marc va se couper du monde et imprimer en quadrichromie des paysages les plus extraordinaires.

Nathalie,


Récit de Marc- novembre 2017

L’été est derrière nous, et pour retarder l’hiver, je cherche une bonne semaine de rando. au soleil sans partir trop loin. Je prépare mon baluchon (enfin plutôt mon sac à dos Millet de 40 litres acheté sur le bon coin) pour le GR131* qui traverse l’archipel des îles Canaries espagnoles à l’ouest du Maroc. J’éprouve quelques difficultés à organiser mes étapes via l’internet et un ami souhaite venir une semaine avec moi. Je décide donc de partir 2 semaines : une semaine à Puerto de la Cruz, la grande station balnéaire du Nord de l’île où il fait bon vivre pour des vacances en famille (piscine, zoo, plages, promenades en bord de mer…). J’ai déniché un petit hôtel sympa, une ancienne hacienda rénovée du XVIIIe siècle au cœur du centre-ville historique. Mais aussi pour m’informer et organiser la semaine suivante que je vais consacrer à la randonnée en solitaire – en randonnée, j’oppose la marche sociale à la marche contemplative. La 1ère est très sympa, mais ne permet pas d’être totalement réceptif à son environnement. Le langage et nos conversations font appel aux souvenirs, aux concepts de notre cortex, nous regardons à l’intérieur de nous. Krisnamurti dirait, je pense, donc je ne suis pas. La marche solitaire me plonge dans un autre état, un état méditatif qui me procure d’intenses moments de plaisir.

Sur place, je me rends compte que l’itinérance est quasi impossible faute d’hébergements. Je décide donc d’effectuer différentes boucles journalières. Je vais y découvrir un paysage impressionnant façonné par le Teide. C’est pour moi la première fois que je découvre un biome si différent de ce que j’ai pu voir jusqu’alors.

*GR 131 : Chemin naturel d’Anaga à Chasna, l’un des deux sentiers les plus longs de Ténérife. Cette route traverse les espaces forestiers et les sommets de l’île – le voyageur aura le privilège d’admirer les grands contrastes du paysage de Ténérife allant de l’exubérance de la végétation jusqu’aux capricieuses formations volcaniques.

 

 

Masca

Dans mon programme, je pars faire la célèbre randonnée du canyon de Masca longuement recommandée par l’office de tourisme de Puerto de la Cruz. Deux bus permettent de nous y rendre. Le 1er longe la côte nord-ouest afin de nous déposer à Santiago del Teide. De là, nous prenons un second bus, plus petit. Il doit se faufiler sur une route très sinueuse jusqu’à Masca. Le paysage est déjà impressionnant. Les montagnes anguleuses nous encerclent et nous invitent à descendre au cœur de l’unique vallon. Des hordes de touristes ne laissent aucun doute sur le chemin à emprunter. Nous profitons du décor pour siroter une limonade de cactus avant d’entamer la descente. Celle-ci nécessite un minimum d’aisance. Des accidents peuvent survenir. Certains marcheurs  manquent terriblement d’assurance et descendent très lentement. Le ravin se creuse et les rochers volcaniques se resserrent et se dressent de tout leur long vertical. Je m’allonge un instant, me laisse impressionner par ma petitesse face à la grandeur de la nature. Mon ami est concentré, il n’a pas l’habitude de ce genre de marche, il a hâte d’arriver. Des bouquetins sont perchés au-dessus de nos têtes, nous sommes leurs attractions. Puis le décor fini par s’éclaircir à nouveau lorsque nous arrivons sur une plage prisonnière des abrupts et anciennes coulées volcaniques.

 

Caldeira del Teide – De El Portillo à Parador (sentier n°4)

Je suis assez excité à l’idée de monter enfin au sommet de l’île. Je me rends à la gare routière des bus Titsa – Vaste réseau qui permet de se rendre quasiment partout sur l’île de Ténérife. J’attends l’unique bus qui dessert les hauteurs de l’île depuis Puerto de la Cruz. Le départ est à 9h30. Parmi nous se glissent quelques sportifs qui s’apprêtent à effectuer une longue et dangereuse descente en VTT. Après un long trajet à travers l’immense forêt qui sépare nettement le monde d’en bas du monde d’en haut, je descends à la première station du bus – El Portillo – Un peu perdu dans la bruine. Je dois mettre ma polaire et mon coupe-vent, il fait froid, nous sommes à 2000m d’altitude. J’étudie les environs, je sors ma carte 1:50 000 avant de m’engager sur le chemin n°4 qui me permet de longer le bord de la Caldeira jusqu’à la dernière station de bus – Parador. De quoi m’acclimater en toute simplicité, j’ai 4h30 de marche à peu près sur un chemin plat. Je fais à peine quelques pas que je suis déjà pris d’une immense joie. Le paysage est juste époustouflant. J’évolue dans un immense champ tacheté d’arbustes dorés avant d’atteindre un désert parsemé de pierres ponces et torturé tout du long à ma droite et protégé par les falaises verticales à ma gauche. Je croise et j’envie quelques coureurs qui ont ce terrain d’entrainement luxueux. Plus tard, le ciel se dégage laissant enfin apparaître ce merveilleux pic du Teide, loin derrière un désert de sable rouge aux pierres éparses. J’ai l’impression d’être sur Mars.

Sentier Roques de Garcia

J’avais le projet initial de grimper le Teide depuis le terminus du bus pour redescendre de l’autre côté. J’avais calculé avoir juste le temps de le faire. Je suis bon grimpeur. La fenêtre météo était parfaite. Mais c’était sans compter l’énorme retard du bus. Je n’ai d’autre choix que de revenir sur ma décision faute de timing – une leçon pour ma prochaine tentative. Je ne voulais pas m’encombrer d’une location de voiture, mais je dois admettre que cette formule aurait été idéale pour accéder au point de départ des rando en boucle journalière. Un peu déçu de n’avoir pu franchir un cap d’altitude à pied, je me console à l’idée d’avoir un prétexte pour revenir dans quelques années. Je décide donc de faire des petits circuits très touristiques autour notamment du « Roques de García », composé du “Roque Cinchado” vestige d’un neck volcanique (ancienne cheminée volcanique solidifiée). Le site offre une vue imprenable sur l’ouest de la caldeira. Un immense désert de sable pris entre falaises et montagnes de lave solidifiées. Après Mars, me voici sur le Lune.

 

Descente sur Vilaflor – rejoindre le GR131

Ce soir, c’est ma dernière nuit à Puerto de la Cruz. Je me renseigne à la gare routière pour rejoindre Vilaflor. Prendre de nombreux bus ou bien prendre un bus et marcher. Le choix est vite fait pour moi. Ce n’est pas non plus n’importe quelle marche. Il faut grimper et descendre un long sentier pas toujours très bien dessiné pour rejoindre ce village d’altitude – le plus haut de Ténérife.

Je prends pour la dernière fois le bus n°XXX jusqu’au terminus au Parador. J’ai toutes mes affaires sur moi. Mon sac 40L est plein. Je dois grossièrement attacher mes baskets aux lanières du sac. Je sais que c’est une erreur, mais je n’ai pas trop le choix. Je vérifie régulièrement si elles sont toujours là. J’entame une courte montée jusqu’au col de la caldeira. Voir le monde civilisé disparaître derrière soi et s’engager sur une route sauvage et inconnue est exaltant. Arrivée en haut, une vue dégagée sur un fond de vallée sauvage s’offre à moi. J’ai le sentiment d’être dans un western. Un parc d’attraction westworld. Le chemin se perd un peu parfois. Heureusement, je suis bien préparé je lance le GPS et la carte hors ligne OSMand+ sur mon téléphone pour me remettre sur le chemin. Je perds une basket. Chouette, demain je partirai à la chasse au trésor. Je suis émerveillé de pouvoir me promener sous la chaleur d’un été en plein mois de novembre moi qui ne connais que les saisons de mon pays. Ce soir-là en déballant mes affaires, j’ai une pensée pour ma pauvre chaussure seule dans la montagne cette nuit.

Paysages lunaires et GR131

Depuis Vilaflor, je pars faire une micro-boucle sur une attraction touristique appelée « paysages lunaires » ou formation rocheuse insolite cachée au milieu de la forêt. Des colonnes montantes nuancées de brun clair à blanc cassé. Je ne suis pas très impressionné. Elles sont petites et distantes, je n’ai pas eu à marcher longtemps pour arriver jusqu’ici. Ma chaussure a été déposée sur le chemin. Elle m’a sagement attendu là. J’ai rencontré un couple breton très intéressant et très bon marcheur. Nous décidons d’agrandir notre boucle du jour en rejoignant le GR131. De nouveaux paysages impressionnants s’offrent à nous comme ces déserts de sable noir parsemés de sculptures naturelles. Au loin, une mer de nuages nous isole du monde d’en bas. Mais le rêve doit prendre fin, nous devons prendre un chemin qui s’enfonce dans la pinède canarienne de plus en plus dense.

 

Jours suivants

Je descends sur la côte sud. Je suis désormais sur le flanc sud de l’île. Je quitte le monde du trek pour celui des amateurs de glisse et de surf. Ici le vent souffle très fort. Si Ténérife fait rêver avec ses longues journées de soleil, son eau à 20° toute l’année, on y trouve aussi un bon nombre de spots de surf, 35 précisément. Mes pas me ramènent peu à peu vers la foule, la ville, les voitures et inexorablement vers mon lieu de départ.

 

Petits détails…

Je dois préciser que je marche en sandales de randonnées de la marque Merrell. Elles sont parfaites pour marcher sur des chemins plutôt plats et non accidentés mais déconseillées en montagne. Il faut privilégier un bon maintien. Mais c’était une de mes concessions par rapport à la capacité de mon bagage de 40L en cabine d’avion. Mes grosses Lowa Renegade auraient pris la moitié de mon sac à dos.

 

 

 

À 4h de Paris, cette île offre de nombreuses activités surtout le trekking. J’y reviendrais avec beaucoup d’enthousiasme. Il parait que la partie nord-est offre aussi de superbes randonnées. Quant à l’ascension du Teide, il faut réserver 3 mois à l’avance une nuit au refuge Altavista à 3500m d’altitude pour assister au coucher et au lever du soleil.

D’ici là, je peux travailler mon espagnol 😉

 

Récit ILE DE TENERIFE par Marc pour COEUR DE FINISHER -© NOVEMBRE 2017


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