le 6H RUN- FLEURY SUR ORNE

COURSE SOLIDAIRE au profit de l’ASSOCIATION DES PARALYSES DE France- Samedi 14 octobre 2017-FLEURY SUR ORNE- NORMANDIE- CALVADOS- par Nathalie LEMIERE-

C’est sur le rythme de BLACK EYED PEAS dans l’oreillette droite que j’entame mon 1er tour. Le coup de pistolet vient de lancer officiellement le départ. Je suis partie pour 6h d’endurance. Je suis à Fleury-sur-Orne près de Caen où le Foyer Soleil organise pour la 2ème année, une course solidaire : « le 6h run ». L’objectif de la course est le sport pour tous en courant, en marchant ou en roulant (en fauteuil manuel), ouvert aux personnes valides et à mobilité réduite. Sur un parcours de 1km700, je vais tourner en boucle et surtout tenter de faire le maximum de tours…. Mon objectif du jour est de courir la distance d’un marathon (le marathon de Tours que je n’ai pas pu courir 3 semaines auparavant à cause d’un état grippal qui m’a cloué au lit !). J’ai choisi l’option de courir solo mais d’autres se lancent en relais de 2 à 6, et plus difficile encore en équipe pour pousser une personne en fauteuil. Les organisateurs ont donné l’info, nous sommes 250 inscrits et la course bat son record de participants. YES ! Je n’ai pas envie de courir seule ! Déjà que ce matin c’était très dur de se lever ! Aller savoir pourquoi ? Je suis pourtant du genre  « matinale » et j’aime aller courir à l’aube mais là nous sommes plongés en plein brouillard… la poisse ! Et ce matin ma radio préférée CHERIE FM s’est liguée contre moi en diffusant des titres de chansons qui me donnent juste envie de retourner sous la couette enfin bref  je commence à tourner en rond au rythme de la musique qui me donne mon pas de cadence… J’ai plusieurs titre des BLACK EYED PEARS dans mon lecteur MP4 …. Fergie rythme donc le début de ma course. Pas de précipitation, je cours doucement à contrario de certains qui partent à toute berzingue ! Ils sont en relais, pas de doute. Je cours sans montre, seulement à la sensation cardiaque (environ 8 à 9km/h) et pour courir longtemps, je sais maintenant que je dois installer mon cœur dans un rythme cardiaque bien précis.

Au premier tour, la découverte du circuit : le tracé nous emmène de suite vers le complexe sportif du gymnase de la Pomme d’Or, la piscine de Caen, puis on longe les terrains de foot, de rugby et de baseball pour ensuite revenir par un petit tronçon de route l’avenue du 19 mars qui offre une superbe piste cyclo bien roulante et enfin le passage devant le foyer où se tient l’animateur et où se déroulent des manifestations musicales (démonstration de zumba, etc etc). Et hop c’est reparti pour un 2ème tour. A chaque passage, un écran digital affiche mon nom, mon classement et mon kilométrage total parcouru.

Puis viens le 3ème tour et le 4ème. Je me rends compte que je mets environ 10 mn par boucle et qu’il faut que je pense à boire. J’ai perdu mes repères ! En effet sur un marathon, j’ai le ravito tous les 5km mais là, après un bref calcul, il faut que je pense à m’arrêter tous les 3 tours !

La vie s’organise désormais autour de ces 1.700 km. Voilà les enfants qui viennent pour leur entraînement de foot, puis le tour de bambins sur la piste d’athlétisme…. La relève ? Je cours toujours dans un brouillard de plus en plus épais… visibilité à moins de 100m et je déteste cela ! Le brouillard m’angoisse mais j’entends les enfants qui posent moult questions à leur instituteur.

Au cœur de la course, chacun trouve sa place ; les valides (coureurs et marcheurs), les fauteuils roulants et les porteurs de géolettes et chacun trouve son propre rythme.

Mon esprit commence à s’égarer… le regard du handicap change depuis le succès du film « Intouchables » mais il y a encore des progrès à faire. Parfois je ressens le malaise des gens quand je leur parle de mon handicap invisible. Oui c’est vrai ça peut faire sourire face aux handicapés moteur que je vois ici en fauteuil roulant…Le sujet est tabou mais je me souviens de mon angoisse à mon réveil de mon choc septique et de ma myocardite aiguë au CHU :  mes chutes à répétition, la perte totale de mes muscles, mon incapacité à tenir une petite cuillère, à tourner les pages d’un livre  et personne pour m’expliquer qu’après 2 arrêts cardiaques et 15 jours de coma, on perd toute mobilité ! Je me suis battue pour tenir debout et remarcher absolument au point de basculer aujourd’hui dans l’excès ? Mon 10 ème marathon ?  Mes trails de 30 km… Mes ultra de 90 km … Mon obsession à courir tout le temps et aujourd’hui ce défi de 6h de run ?

Et mon cœur ? Que dire de ce muscle violenté par le staphylocoque doré et désormais nécrosé ? Cette partie de moi qui ne fractionne plus !  L’essoufflement en permanence… la fatigue perpétuelle jusqu’au jour où j’apprends que je peux mieux vivre en courant ! Mon antidote ! Mon obsession à réduire le dosage de mon Cardensiel !

Oui je cours et je suis heureuse de courir … et ici nous sommes tous heureux de courir car je les comprends, on se comprend ! Le handicap bouscule la normalité.

Je tourne toujours en rond. Le compteur affiche 2h15 de course et je prends le temps de faire une pause un peu plus longue au ravito. J’arrive au km 20.400 (12 boucles). Je suis dans mon rythme et tout va bien. La distance me convient mais je sais qu’au-delà c’est toujours l’aventure qui commence. Le soleil se lève enfin.

Je prends même le temps de consulter mon portable. J’ai entendu des bip au cours de ma course et j’imagine que je vais trouver des petits mots d’encouragement. Yes ! Cela me fait du bien ! La solitude me pèse. Sur la pelouse, à côté des stands d’animation, les spectateurs s’installent pour le pique-nique. C’est dans cette ambiance de guinguette que je repars avec en ligne de mire le km 30.

Une équipe attire mon attention. Elle porte des t-shirt au marquage « Le monde de Loris ». A chaque fois qu’il me double, il me fait des grands coucou et ainsi de suite… il met de la bonne humeur sur tout le circuit à l’heure où les corps commencent à souffrir.

Km 29, les premières crampes arrivent ! Oh misère ! Mon corps affronte le mur … je le sais ! J’alterne désormais  marche et course à pied pour étirer mon muscle au mollet droit. Je m’arrête aussi à chaque tour pour m’hydrater. je mets désormais 15 mn pour courir un tour. Il fait chaud maintenant, la température grimpe à 22 degrés en ce mot d’octobre… INCROYABLE !!

Je passe et repasse devant le stand  et je vois les kilomètres qui s’accumulent. Mon objectif était de courir au moins 42.195 km… le compteur affiche au final 44.200 km. A ma grande surprise l’animateur m’apprend que je suis la première féminine et 10 ème au classement général. PODIUM !

 

 

par Nathalie pour COEUR DE FINISHER- © octobre 2017

 


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s